Olivier Merle — Photo ©Bruno Levy 2021

OlivierMerle — Écrivain — Romans Policiers

Deux petites énigmes
pour passer le temps

Aux nouveaux venus sur ce site, je soumets deux énigmes pour se détendre. La première est a priori très facile, la seconde plus compliquée.

Énigme 1

Cherchez, cherchez, lecteurs subtils,

Dans le roman du vil goupil,

L’oncle féroce et malheureux,

Qui, dans la glace, perdit la queue

Question : qui est-ce ?

Énigme 2

Hubert Grimm retira lentement une cigarette de son paquet et, la tenant du bout des doigts par son extrémité, la glissa entre ses lèvres sans l’allumer. Les profonds cernes sous les yeux témoignaient de sa fatigue et de sa lassitude. Le commandant Grimm n’avait jamais été un grand dormeur, mais depuis le début de cette affaire, ses nuits étaient aussi trouées qu’un tissu dévoré par les mites.

Il attendait la pinte de bière qu’il avait commandé au serveur — un grand échalas grincheux et désagréable — et ses pensées allaient d’indice en indice, de suspect en suspect, d’hypothèses hasardeuses en théories fumeuses. Bordel, il devait bien y avoir une solution à ce sacré sac de nœuds !

D’une main presque timide, Ermeline tira la chaise et s’assit face à lui. Sans prononcer une parole, il leva vers elle un regard lointain.

— Holà, ça n’a pas l’air d’aller, murmura-t-elle.

— On a vu mieux, lieutenant…

— En effet, quand tu m’appelles par mon grade, c’est que tu es au bord du craquage… Un café, s’il vous plaît, demanda-t-elle au grand échalas qui passait à sa portée.

Celui-ci ne fit pas même un signe de tête indiquant qu’il avait entendu et poursuivit sa marche sans s’arrêter.

— Si, dans cinq minutes, j’ai pas ma chope, je me tire, lâcha Grimm entre les dents.

— Allume plutôt ta cigarette au lieu de la mâchouiller et dis-moi où tu en es ?

— Nulle part, et ça ne me rend pas bien joyeux ! répondit Grimm du tac au tac.

D’un large geste du bras, il sembla prendre à partie la Terre entière.

— Enfin, c’est quand même insensé ! Tout se dérobe ou s’enlise dans cette affaire ! Des chausse-trappes, des fausses pistes, des témoins nébuleux, la totale quoi ! Et c’est tellement compliqué que j’arrive même pas à avoir une vue d’ensemble !

— Je croyais que le neveu, qui n’a pas d’alibi…

— Foutaises ! Ce garçon est beaucoup trop simplet pour élaborer un plan aussi tordu ! Non, non, il faut un cerveau, un mec super intelligent, un manipulateur de première.

— Et donc ?

— Et donc, je vois pas.

Pressant la molette de son briquet, Grimm alluma sa cigarette.

— Encore heureux qu’on ait encore le droit de fumer sur la terrasse. Je suis sûr que ça aussi on va nous l’interdire.

— Mais non…

— Mais si.

Parlant la clope au bec, une épaisse fumée s’échappa de ses lèvres et s’engouffra dans son nez au moment où Grimm ne s’y attendait pas. L’intérieur des narines le picota si fort qu’il eut à peine le temps de pivoter son buste sur le côté.

— Aa.. aaa, a… tchoum !

Comme sonné, il resta un instant plié en deux sur sa chaise. L’éternuement avait été si violent, si sonore, que plusieurs têtes des tables voisines s’étaient tournées vers eux instantanément, l’air mi-effrayé, mi-moqueur.

— Ça va, je suis pas mort ! lança Grimm à la cantonade, provoquant ici et là quelques rires.

Au même moment, le serveur déposa la pinte et le café.

— C’est pas trop tôt… marmonna Grimm.

— Y a pas que vous au monde, rétorqua l’autre.

— Ce serait pourtant mieux, riposta Grimm, mais en sourdine.

Dès que le serveur se fut retiré, Grimm fit un clin d’œil à Ermeline en saisissant l’anse de la chope.

— Tu vois cette belle couleur, ce liquide magnifique ? Eh bien, c’est l’huile des neurones, celle qui permet de graisser les synapses et de purifier les raisonnements.

Joignant le geste à la parole, Grimm porta le verre à ses lèvres et, goulument, but une gorgée si longue qu’Ermeline crut qu’il allait descendre sa pinte cul-sec. De fait, quand il la reposa sur la table, il en avait vidé un peu plus de la moitié.

— Ah, ça fait du bien ! fit-il en s’essuyant la bouche d’un revers de main.

— Et les neurones, les synapses ?

— Impec !

Mais, disant cela, son front se plissa, son geste s’immobilisa, son regard devint fixe, sa respiration se fit plus lente.

— Qu’as-tu ? s’alarma Ermeline.

— Je crois que j’ai trouvé le coupable.

— Quoi !?

— Ouais, j’en suis même certain.

Ermeline le dévisagea comme si son patron était devenu fou.

— Et c’est qui ?

— C’est celui que ce putain d’enfoiré d’Olivier Merle n’a pas cité !

Question : donner le nom du coupable