Des genres narratifs
ou des prisons ?
C'est un réflexe que je partage avec les lecteurs et les critiques de raisonner en genres narratifs ou sous-genres littéraires et d'y ranger des auteurs. Il y a dans cette démarche quelque chose de rassurant et de rationnel. Untel est un auteur de polar, tel autre un auteur de roman historique, tel autre encore écrit du roman social, de la science-fiction, de l'autofiction, etc.
L’écueil de cette facilité est de parquer les auteurs dans des enclos, comme du bétail, où ils sont maintenus prisonniers. Parfois contre leur gré.
Pourtant, ce que je trouve formidable dans le fait d’écrire, c’est cette liberté fondamentale du romancier de s’aventurer sur n’importe quel terrain, sans entrave et sans contrainte. Sacrifier cette liberté, c’est renoncer à l’exploration, à la découverte, au renouvellement, à l’excitation fabuleuse de se lancer des défis qui ne présentent un intérêt que dans la mesure où l’on n’est pas sûr de les réussir. Et même, dirais-je, quand on a peur d’échouer, d’y aller malgré tout. Avec l’espoir secret que vos lecteurs, peut-être, vous suivront aussi sur ce chemin inconnu.
Depuis que j’écris des romans, seize publiés à ce jour, j’ai ainsi souvent effectuer des bifurcations, des virages à angle droit, des contre-pieds, non pas pour déstabiliser le lecteur ou le critique, mais pour le plaisir ou la nécessité de me régénérer en respirant un autre air.
Le seul genre narratif auquel je veux finalement me rattacher est celui du conteur, du romancier qui raconte une histoire, que celle-ci soit située de nos jours, dans le passé, dans le futur, sur un mode dramatique, ou simplement réaliste, ou encore humoristique.

Le Fond de la bouteille
Simenon

Le Château
Kafka

Moby Dick
Herman Melville

Le Loup des steppes
Herman Hesse

Le Désert des Tartares
Buzzati

Les Désarrois de l'élève Törless
Musil

Dr Jekyll et Mr Hyde
Stevenson

Martin Eden
Jack London

L'Île
Robert Merle

Le Joueur d'échecs
Stefan Zweig

La Défense Loujine
Nabokov

La Guerre du feu
J-H. Rosny Aîné
Mes influences littéraires ? Beaucoup, et très variées. Incompatibles même, à première vue.
Je mentirais en disant que je n’ai pas été influencé par mon père, mais cette influence est fortement contrebalancée par un romancier d’un style extrêmement différent à qui je voue une admiration sans limite : Simenon.
Ensuite, vous mâtinez cette première mixture avec du Kafka (quel romancier, ce Kafka ! Quel univers !) et vous saupoudrez le tout de romans d’aventures (Rosny Aîné, Jules Verne, Herman Melville, Jack London, Stevenson, etc).
Selon le genre narratif, l’une ou l’autre de ces influences peuvent se reconnaître dans mes romans.
Ce que je n’aime pas : le Nouveau roman. « Un roman est pour nous moins l’écriture d’une aventure que l’aventure d’une écriture » disait Jean Ricardou, l’un des tenants de ce courant littéraire. Bon, disons que ce n’est pas ma tasse de thé, tout simplement parce que j’aime concevoir, imaginer et écrire des aventures.
